Emmanuel Macronelysee
Macron calls for European cooperation to protect democracy and young people
EU Politics & ReformWhat was said
Macron calls for European cooperation to protect democracy and young people. Macron urges restrictions on social networks for children under fifteen.
Merci beaucoup. Là, je ne sais pas combien de temps vous me laissez. Non, d'abord, je ne voudrais pas désespérer. Je vois beaucoup de jeunes visages, donc vraiment, ne pensez pas que vous entrez dans une période affreuse où tout est fichu. Mais je pense que ce que vous venez de dire est très juste. Alors, pour apporter la réponse, je pense qu'il faut essayer de caractériser peut-être plus précisément ce que vous appelez dépression démocratique. Quand on regarde ce qu'on peut qualifier, comment nos systèmes de démocratie libérale, au sens politique du terme, qui se sont bâtis à partir du XVIIIe siècle, dans notre Europe et ont émergé, se sont sophistiqués. Elles se sont construites sur quoi ? Parce qu'en fait, les formes politiques ne tombent pas sur les peuples comme venues de l'éther pour s'y figer. C'est qu'il y a quelque part des idées qui arrivent à se traduire en structures, en institutions politiques et qui correspondent à des organisations sociales. C'est ça qui fait que les choses durent et qu'on vit dans une société, qu'on vit depuis le XVIIIe siècle dans des démocraties. Donc ces démocraties, elles se sont construites sur un compromis entre les idées des Lumières qu'on a après consolidées, élaborées, qui ont été bousculées par les totalitarismes du XXe siècle, vous l'avez évoqué, mais qui se sont revivifiées au sortir de la Deuxième Guerre mondiale à travers en particulier sans doute la Convention européenne des droits de l'homme, et cette réinvention, cette revitalisation de nos principes, mais donc primat de la dignité humaine, principe de liberté, croyance dans l'individu libre rationnel, et donc c'est toute la philosophie politique à laquelle nous croyons depuis le XVIIIe siècle. C'est l'organisation de systèmes d'équilibre de pouvoirs. C'est le consensus avec les classes moyennes, c'est-à-dire ce qui a permis d'installer ça, c'est qu'on a expliqué aux classes moyennes qu'elles allaient vivre de mieux en mieux, donc il y a l'idée de progrès qui est attachée à nos démocraties et à cet équilibre. Il y a donc une structure productive qui les a accompagnées avec des hauts, des bas, des crises multiples, mais qui est qu'en quelque sorte, par l'innovation technologique et la capacité à la diffuser, on allait donner un meilleur futur à tout le monde. Et on a eu des soubresauts quand ces idées-là, d'ailleurs, ont été percutées. Ce qui a été dit par Monsieur Cercas à l'instant sur la crise de 29 et les conséquences qu'elle a eues, c'est exactement ça, c'est-à-dire qu'à un moment donné, des idées qui viennent fragiliser l'édification institutionnelle qui était en place avec, par exemple, la République de Weimar, mais surtout la crise de confiance qu'ont les classes moyennes européennes parce qu'elles n'ont plus leur part de richesse fait que le système se tord et le fascisme arrive à émerger dans plusieurs pays en Europe. Donc si on se dit que c'est à peu près ça, l'idée démocratique, cette espèce de fatigue, de crise que vous décrivez, elle s'installe sur quoi ? Elle s'installe, je crois, d'abord sur le fait qu'on n'a plus tenu la promesse économique. Ça, ça a commencé à partir de la désindustrialisation. Alors, il y a des histoires très différentes selon les pays européens. L'Espagne n'a pas la même que la France, etc. Mais il y a eu en tout cas une phase de la mondialisation à partir des années 90 qui vient déjà, quand même fragiliser ce consensus parce qu'elle crée les vagues de délocalisations, etc. Donc on voit des idées apparaître, enfin des vraies sensibilités politiques fortes, mais en gros, la promesse qu'on va continuellement dans une économie politique qui va vous permettre de vivre mieux n'est pas si validée. Donc cette idée se fragilise dans nos sociétés. Le grand coup de massue, ça a été dit, c'est à coup sûr la crise de 2008-2012, je dirais, parce qu'elle ne s'arrête pas en 2008 chez nous. Pourquoi ? Parce que cette crise, qui est une crise financière, qui vient des États-Unis d'Amérique, qui est d'acteurs de marché qui s'étaient déjà beaucoup enrichis, fait émerger en Europe une crise de certains opérateurs, puis des dettes souveraines. Qui a payé cette crise ? On a mis d'abord longtemps à la régler, mais si je devais schématiser les choses, on ne l'a pas vécue à la même intensité, elle a été asymétrique en Europe. Vous l'avez vécue beaucoup plus durement que nous, et vous avez fait des ajustements, comme on dit affreusement, budgétaires et économiques beaucoup plus durs, c'est-à-dire qu'il y a des vies qui ont été changées à ce moment-là, et il y a eu une régression économique et sociale mais ce sont les classes moyennes qui ont payé l'addition. Mais ça, c'est vrai partout en Europe. Ça, il ne faut pas sous-estimer ce qu'a été le choc de 2008-2012, parce que, quelque part, les classes moyennes partout en Europe ont dit : la promesse n'est pas tenue. On vit quand même encore tous avec ça. Quand on regarde les choses, même dans des pays qui ont été moins touchés, il y a certaines catégories qui n’ont pas totalement retrouvé le pouvoir d'achat, le niveau de vie qu'elles avaient avant cette crise. Dans certains autres pays, même si le pays va beaucoup mieux en termes macroéconomiques, il y a eu cette trahison. Premier point. La deuxième chose qu'il ne faut pas sous-estimer par rapport à ce que j'évoquais, c'est la crise démographique. Je pense qu'on sous-estime dans le débat public beaucoup ce point, mais nous avions toujours vécu depuis le XVIIIe dans des économies, et ça participe d'ailleurs de l'histoire de croissance et de progrès, où, je ne vais pas ici faire un cours de macroéconomie ou de modèle de croissance endogène, mais il y avait deux drivers qui étaient l'innovation et la démographie, qui sont deux éléments clés qui tirent les économies vers le haut. Nous sommes devenus vieux. Alors on ne veut pas le voir, on ne veut jamais le voir quand on vieillit, mais notre continent est devenu vieux et nous sommes entrés en phase accélérée dans la transition démographique, l'Espagne avant même la France. Mais ça veut dire qu'on est beaucoup de pays en Europe où le solde naturel, aux bornes de la nation est souvent négatif et, en fait, on n'a rééquilibré que par l'immigration. Et ça, on ne l'a pas véritablement pensé, mais c'est un deuxième choc très profond pour l'idée démocratique et les modèles qu'on avait construits, parce que ça les bouscule, là aussi, parce que ça veut dire que, d'abord, soit la croissance ne se fait pas de la même manière ; elle s'amoindrit parce qu'il y a moins de croissance démographique. Soit, elle ne peut se faire que si on sait aussi gérer la question migratoire parce qu'en vérité, vos modèles vieillissent et donc les modèles sociaux qu'on a construits sur des équilibres entre les générations d'après-guerre se transforment et sont de moins en moins valides, ça ne marche plus, soit ils peuvent se revivifier, mais si on se régénère avec de l'immigration. Il y a le consensus, on le voit bien dans nos sociétés, il est travaillé. La société espagnole comme la société française sont bousculées par ça. Donc deuxième crise quand même importante. Ce sont des grandes transitions qu'on a vécues. Troisième élément clé à mes yeux, c'est qu'il y a une crise que j'appellerais d'efficacité de nos démocraties. Elle est plus complexe, on pourra y revenir si vous avez des questions ou des interrogations, mais on a sophistiqué nos modèles, mais nous sommes devenus extrêmement complexes parce qu'on gère des problèmes très complexes, et donc on est devenus de moins en moins intelligibles et de plus en plus lents. C'est vrai partout, parce qu'on gère des mondes très compliqués, des sociétés très sophistiquées, et donc on a créé des systèmes de checks and balances partout, d'autorités indépendantes, avec de très bonnes raisons derrière ça, mais cela a ralenti la capacité d'agir de nos systèmes démocratiques. Et ça a créé une impatience dans des sociétés qui voudraient qu'on règle très vite les choses et, en quelque sorte, où la tolérance à la décision lente ou à la maïeutique de décision a faibli, a diminué, elle. Mais on a une crise d'efficacité démocratique qui rend moins acceptables les systèmes qu'on avait eus et qui crée une fascination pour les régimes autoritaires ou les systèmes autoritaires. Pourquoi ce que vous appelez le national-populisme peut émerger ? Parce que c'est des réponses très simples, c'est beaucoup plus rapide. Même si elles ne sont que des réponses que j'appellerais, moi, symptomatiques ou démagogiques, en vrai, parce que ce qu'on appelle populisme, je me méfie de ce mot, peut-être parce que moi, quand j'ai émergé il y a 10 ans, on disait que j'étais un populiste. Donc depuis, je me méfie. Mais populiste, il y a le mot peuple dedans. Il faut faire attention, il ne faut pas donner le sentiment que les peuples auraient tort ou seraient méprisables. C'est terrible. Moi, j'appelle ça de la démagogie, c'est-à-dire qu'on flatte plutôt les opinions publiques en leur disant : on a une solution beaucoup plus rapide, beaucoup plus simple. Donc troisième crise. La quatrième, je ne suis sans doute pas exhaustif et je reviendrai sur l'Europe, c’est une transition, un changement très profond, anthropologique, que sont les réseaux sociaux et maintenant l'intelligence artificielle ajoutée aux réseaux sociaux. Ça, je pense qu'on a réussi à l'installer ces quelques dernières années dans le débat public, mais ça a été totalement sous-estimé et ça commence en vérité à peu près après la crise financière, mais dans les mêmes années. Ça se développe 2008-2010, ça se démocratise vraiment entre 2010-2015, mais nous vivons depuis une décennie dans un système qui a totalement changé, totalement. Et c'est-à-dire que donc nous apprenons, nous débattons, nous échangeons, dans un système dont l'infrastructure informationnelle et démocratique s'est profondément transformée. D'ailleurs, votre génération, elle est arrivée bien souvent à la conscience et à l'apprentissage dans un système qui, en fait, n'a rien à voir avec la mienne. C'est une révolution qui est très profonde. Ça veut dire que notre truchement au monde, notre relation au monde, elle se construit beaucoup plus par ces réseaux. Notre rapport à l'information, notre rapport à la connaissance de tel ou tel pays, notre rapport parfois au savoir. Dans votre génération, quand on regarde les chiffres, on s'informe de plus en plus massivement à travers ces réseaux sociaux. On n'a pas du tout fait attention à quelle était la structure de ces réseaux, enfin, en fait, pourquoi ils étaient faits et comment ils étaient faits ? Ils ne sont pas faits pour vous informer ou que la démocratie marche bien. Ils sont faits, et là aussi on pourra y revenir, je ne veux pas être trop long, mais pour susciter le maximum d'excitation chez vous, créer des dépendances cognitives et affectives pour que vous restiez le plus longtemps possible devant l'écran, plutôt devant des contenus très courts. Il a un ordre de mérite qui est l'exact contraire de ce que depuis des siècles nous enseignons dans ces lieux comme celui qui nous accueillent, des universités, lieux de savoir, de transmission. C'est-à-dire que ce qui est le plus important dans les réseaux sociaux, c'est l'émotion négative. Elle est plus importante, en tout cas elle crée plus de viralité que l'émotion positive, laquelle crée plus de viralité que le raisonnement. Donc on est dans un ordre où, en fait, tout le système, il est plutôt mû par les gens qui savent bien exciter par les émotions négatives. Mais ça, ce sont des machines à diffracter les démocraties. Parce qu'en vrai, ce qui va marcher, ce à quoi on va être exposés pendant des heures par jour, c'est des choses qui nous séparent. C'est-à-dire l'inverse d'une université qui va nous apprendre un même savoir, qui nous permettra d'ailleurs de converser, de dialoguer, peut-être d'exprimer des désaccords respectueux, mais on a appris, on vous a appris, on nous a appris, on a évolué dans une société où le cœur de l'infrastructure, de conversations démocratiques sont devenus ces réseaux qui donnent une prime plutôt à l'émotion négative, plutôt au clash et donc plutôt à ce qui nous écarte et donc qui polarise nos sociétés. Donc au fond, on a à traiter ensemble d'une crise de modèle économique, d'une crise démographique de notre Europe, d'une crise d'efficacité démocratique, de notre capacité à aller plus vite et à être plus efficaces, et en même temps d'une crise un peu, que je dirais, anthropologique, c'est qu'on n'évolue plus dans le même espace, qu'aujourd'hui cet espace numérique, on lui a laissé manger beaucoup de choses et il nous a un peu ensevelis. On pourra y revenir dans les questions là-dessus. Donc face à ça, et je ne suis pas exhaustif parce qu'il y a en plus de ça évidemment la grande transformation géopolitique qu'on vit avec la réémergence d'empires, le retour de la guerre en Europe, évidemment, la Chine et les États-Unis qui, pour la première fois de leur histoire, sont deux immenses puissances hostiles à l'idée européenne. Donc tout ça mis bout à bout fait qu'en effet, on est un peu assiégés et on se dit, rien ne va. C'est très dur. Et il y a cette fatigue démocratique qui s'est installée. Alors elle fait émerger ce que vous avez appelé des national-populismes. Pourquoi ? Parce que quand il y a une angoisse qui monte face à cette multicrise, les extrêmes sont beaucoup plus à même d'attraper l'angoisse et la colère. C'est plus efficace. Donc vous avez des montées d'extrêmes partout en Europe, c'est clair, avec des réponses simplistes, mais des réponses, en disant : avec moi, ça ira beaucoup plus vite, ce sera beaucoup plus radical. Ça correspond à la polarisation des sociétés et ça correspond aux conséquences de ces crises multiples qui ont émergé. Est-ce que je pense qu'on va les arrêter du jour au lendemain ? Je ne crois pas. Je pense que c'est là, ça s'installe, ça va aux extrêmes. La question, c'est quelles réponses on peut apporter et comment agir pour traiter en profondeur ce que nos sociétés vivent. La première réponse, je pense qu'elle est de réhumaniser ces réseaux sociaux. Là, je pourrais développer si vous voulez, si ça vous intéresse. Il faut reprendre le contrôle, et des réseaux sociaux comme de l'intelligence artificielle qui arrive. Je ne veux pas être plus long, je le suis déjà, mais ça, c'est clé. C'est une bataille européenne. C'est celle qu'on mène d'ailleurs avec l'Espagne, et maintenant on a gagné, on a européanisé pour dire qu'il faut protéger nos jeunes de moins de 15 ans des réseaux sociaux. Mais donc moi, j'appelle ça réhumaniser, c'est reprendre le contrôle pour remettre tout ça au bon rythme et refaire démocratie. La deuxième chose, c'est de retrouver de l'efficacité collective. Certains appellent ça de la dérégulation, d'autres de la simplification. Ça veut dire qu'il faut qu'on aille un peu plus vite par rapport à la pulsation du monde. On a une Europe qui s'est désynchronisée et qui est trop lente par rapport à la Chine, aux États-Unis. Donc on doit retrouver de la vitalité de décision. La troisième chose par rapport à la crise économique, c'est de retrouver de la capacité à innover. Et pour moi, c'est très complémentaire avec les équilibres européens qu'on a toujours connus. On est les seuls à savoir faire ça. Réhumaniser la technologie et donc la maîtriser par de la régulation intelligente, mais en même temps être dans la technologie. Donc la bataille européenne des prochaines années, c'est vraiment d'innover beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. Ces 20 dernières années, en produit intérieur brut par habitant, on a décroché par rapport aux États-Unis. Plus des deux tiers de l'explication de ça, c'est qu'on innove moins. Donc on doit réinnover beaucoup plus fort si on veut recréer du consensus dans nos démocraties. Et à cet égard, l'innovation qui va à travers l'IA, la robotique, il faut la voir aussi comme une opportunité si on sait bien l'organiser, parce qu'elle va redonner, elle peut redonner des marges de manœuvre à nos sociétés pour nos modèles sociaux et pour permettre justement de les financer et retrouver ce compromis avec les classes moyennes et leur permettre de réavancer. Tout ça suppose de renforcer et réadapter nos modèles éducatifs parce qu'il n'y a pas de progrès social sans modèle éducatif adapté à ces évolutions technologiques. Mon dernier point auquel je crois beaucoup aussi, et j'arrêterai là, c'est que dans ce contexte-là, pour réussir cet agenda, il faut une Europe plus indépendante. Parce que si cette Europe, elle est faible face au retour des empires, elle va perdre sa souveraineté. Si elle n'achète que de la technologie américaine, elle ne pourra rien réguler. Et si elle est simplement consommatrice de ce qui est fait ailleurs, elle ne réglera pas le problème de croissance qu'elle a avec ses classes moyennes et de modèle économique. C'est pour ça que l'agenda d'autonomie stratégique, de la défense à la technologie, en passant par tous les domaines de la chaîne de valeur, est clé, parce que c'est ce qui nous permet de décider pour nous-mêmes. Voilà un peu comment, à mes yeux, j'essaie de répondre, de réagir à votre point, comment on caractérise le moment qu'on vit et quelles sont les pistes pour avancer. Moi, je ne suis pas pessimiste du tout. Ça prendra des années. Mais à côté de tout ça, je pense que si l'Europe arrive à rester solidaire et unie, et à jouer aussi sur ce que sont ses éléments de stabilité, de décence, de respect, d'équilibre, de respect de la personne humaine et de sa dignité, ce qui est le cœur de notre philosophie politique, on a un énorme avantage parce que je pense qu'on attirera les talents du monde entier qui vont nous aider, et on gardera, et on va vous former, pour nous aider à faire cette transition. Parce qu'en vrai, quand on regarde la Chine ou les États-Unis, la violence qui est en train de monter et les sous-jacents qu'il y a dans ces sociétés, l'Europe est désirable. Javier CERCAS Oui, Monsieur le Président, merci. Je veux revenir à quelque chose que vous avez dit. Oui, effectivement, on est au milieu d'une grande révolution technologique : internet, les réseaux sociaux, l'intelligence artificielle. Mais c'est pas la première, il y a eu énormément de grandes révolutions technologiques, tout au long de l'histoire. Chaque fois qu'il y a eu une de ces grandes révolutions technologiques, il y a eu comme deux extrêmes, deux positions extrêmes. D'un côté, il y avait des gens qui disaient : « Bon, ça c'est formidable, ça apportera le paradis, ça, c'est la solution de tous nos problèmes, etc. » Mais de l'autre côté, effectivement, il y a aussi des gens qui ont dit : « Ça, c'est la fin du monde, non, ça, c'est la fin de la culture, ça, c'est terrible, une catastrophe, etc. » C'est deux extrêmes. C'est comme ça. C'est-à-dire, vous vous souvenez sans doute, Monsieur le Président, de Phèdre de Platon, où il y a ce personnage qui s'appelle le roi Thamous, qui dit : l'invention de l'écriture, grande révolution technologique, sera la fin de, de la culture parce qu'il y a des raisons pour le dire, hein, parce qu'on fera confiance à l'écriture et la sagesse sera là dans l'écriture et donc les gens n'utiliseront pas la mémoire, et sans mémoire il n'y aura pas de culture. Mais aussi il dit : il n'y aura pas la relation entre maître-élève, et donc sans la, sans la relation entre maître-élève, ça sera fini la culture. Et ça s'est répété au XVème siècle, quand on a inventé l'imprimerie, une grande révolution technologique. On discutait à ce moment-là du fait que, bon, la diffusion massive de la culture, de la, de la sagesse, inévitablement portera à la vulgarisation de la sagesse, à la dévaluation de la sagesse, et donc à la fin de la haute culture. Et sans haute culture, c'est fini. Alors ça s'est répété constamment avec l'invention de la télévision, etc., avec des différents arguments. Et le résultat, quel a été, Monsieur le Président ? Le résultat a été que l'écriture n'a pas provoqué la fin de la culture, mais la naissance d'une culture nouvelle. Évidemment, l'imprimerie n'a pas fini avec la haute culture. On ne peut pas dire que Montaigne, Cervantes, Shakespeare sont inférieurs à Homère ou Virgile. Monsieur le Président, je ne veux pas dire que cette révolution, c'est sans danger. C'est-à-dire, il y a des dangers dans ces révolutions d'aujourd'hui. Ce que je veux dire, Monsieur le Président, et c'est une question pour vous, c'est que nous avons la responsabilité, nous, et d'abord, en premier lieu, le pouvoir politique, de profiter du bon, parce qu'il y a énormément de choses bonnes dans cette révolution, dans l'intelligence artificielle, dans les réseaux sociaux, etc., et de rejeter le mauvais. La question, c'est comment faire, parce qu'on l'a fait avant, au long de l'histoire. Comment faire ça ? C'est-à-dire, j'ai l'impression, s'il vous plaît, vous me disiez qu'est-ce que vous pensez, mais j'ai l'impression qu'on a été trop optimistes et trop ingénus et que pendant trop de temps, on a laissé dans les mains des personnes, sans contrôle, des instruments avec une puissance énorme et ces gens avaient pour seul but de faire de l'argent et aujourd'hui peut-être le pouvoir. Alors, qu'est-ce qu'on peut faire, Monsieur le Président ? On a le temps, j'espère qu'on a le temps de contrôler ces instruments énormément puissants, mais donc de mettre des règles, mais ce n’est pas suffisant peut-être, non ? Il faut aussi faire d'autres choses. Par exemple, vous avez parlé de l'investissement. Sans investir dans cette grande technologie, je pense à l'Europe, c'est impossible de les contrôler, non ? Alors qu'est-ce qu'on peut faire, Monsieur le Président, pour profiter du bon et pour rejeter le mauvais ?View official source
