Emmanuel Macronelysee
Macron urges the European Commission to enforce the digital services act faster
EU Politics & ReformWhat was said
Macron urges the European Commission to apply the digital services act faster and calls for protecting children and adolescents from social media platforms.
Merci beaucoup. Il y a toujours eu ce débat. Ce que vous dites est vrai, Platon, c'est la métaphore du pharmakon, qui est à la fois ce qui vous soigne, mais qui peut être un poison. Donc il y a toujours cette ambivalence de l'innovation technologique, c'est vrai. Après, je pense que quand on parle des innovations contemporaines, là aussi, je voudrais distinguer plusieurs d'entre elles et essayer de répondre de manière très précise à votre question. Il y a une première innovation qui est technologique et d'usage, qui est déjà là depuis 10 ans, qui est ce que j'ai déjà commencé à évoquer : les réseaux sociaux. Ça, c'est une vraie révolution technologique. Elle a permis de faire des tas de choses. Elle permet de faire des choses formidables, c'est-à-dire de savoir ce qui se passe à l'autre bout du monde, de révéler des choses, de partager des contenus, d'avoir des gens qui suivent, par exemple, votre œuvre à travers le monde, vous, d'échanger avec des lecteurs et autres. Donc c'est formidable, ce qui s'est passé. Ça, c'est la partie positive. Qu'est-ce qu'on n'a pas réussi à faire sur ces réseaux sociaux depuis 15 ans, à ce stade ? En fait, on a fait un test en grandeur nature pour savoir de quel côté du pharmakon on était. On l'a plutôt fait avec votre génération, quand je regarde vos visages. C'est-à-dire, on s'est dit : « On n'est pas sûr de ce que ça crée, donc on va l'essayer, on vous l'a inoculé. » On a à peu près le bilan. On a eu une épidémie de problèmes de santé mentale dans nos sociétés démocratiques, une épidémie. On a eu une montée des extrêmes, c'est-à-dire, on a eu beaucoup plus de jeunes filles qui étaient obsédées par leur corps parce que sur ces réseaux, elles voyaient des standards qui n'étaient pas du tout la réalité de ce qu'on voit forcément autour de soi. Enfin, tout ça est très bien caractérisé, il y a des tas de corrélations qui ont été faites. Et puis, dans nos sociétés, on l'a déjà évoqué, c'était votre première question tout à l'heure, il y a une montée de la polarisation. Donc là, on commence à se dire : « On est en train de tomber du mauvais côté du pharmakon. », c'est-à-dire qu'il y a de plus en plus de gens qui quittent ces réseaux sociaux en disant : « Ce n'est plus là que je vais échanger avec ceux avec qui j'ai envie de voir, parce que je vais en trouver d'autres pour être plus protégé. » et on laisse tout le monde dans ce climat en quelque sorte de violence, un peu d’ensauvagement. Ça, c'est les réseaux sociaux. On a laissé quelques acteurs décider pour nous tous parce que c'est quelques groupes privés qui l'ont dans leurs mains, et on a fait le test sur vous. Donc là, comment on reprend le contrôle ? Écoutez, point 1 : protéger les enfants et les ados. On a fait des commissions dans nos pays, moi, j'en ai fait une en 2024, les chiffres sont assez clairs, les corrélations sont solidement établies, la science est là, votre pays aussi fait des études, il y a des études universitaires, même américaines, qui ont été faites, etc. On sait ce que ça crée chez les enfants et les adolescents. Donc, je pense raisonnablement qu'on serait irresponsables à dire : on laisse jusqu'à 15-16 ans ; c'est-à-dire l'âge dans lequel on fait son développement affectif, cognitif, personnel. Non, il Alors, il y a des débats : Est-ce qu'on bloque totalement jusqu'à 13 ans, puis entre 13 ans et 15 ans, il y a un système accompagné ? Moi, je crois quand même qu'il faut protéger les enfants et les adolescents des réseaux sociaux. En moyenne, en tout cas en France, c'est plus de 4 heures par jour d'écran sur ces réseaux. Ça veut dire que c'est du temps qui est mangé à la lecture, au sport, à la capacité à connaître d'autres. Donc, c'est pour ça qu'en même temps, et on le voit encore dans les derniers tests de PISA, vous avez un effondrement de la capacité à apprendre et de la lecture dans tous nos pays. Ces générations-là, de la même manière, ont de plus en plus de mal à voir un film long parce qu'on est habitués à scroller sur des contenus très rapides. Donc, on crée une excitation du cerveau, on habitue le cerveau à quelque chose qui ne permet pas de bien apprendre et d'être stable. Donc protéger les enfants. La deuxième, c'est que moi, j'ai envie de savoir, on s'écoute, on est dans une salle, vous me posez des questions, après vous allez m'en poser. S'il y a quelqu'un qui n'est pas d'accord, il dira : « Je ne suis pas d'accord, vous posez une question. » On se voit de visage à visage, on se respecte, on sait d'où nous parlons. Les réseaux sociaux, c'est l'inverse de ça. Celui qui crie le plus fort et qui insulte le plus vite, c'est celui qui a raison et il va créer le plus de volume. Derrière, moi, je ne sais pas si c'est un vrai compte ou pas, je ne sais pas ce que fait l'algorithme ou pas, c'est-à-dire que celui qui va me présenter les gens, en plus masqués, dans un réseau social, c'est un algorithme. Mais l'algorithme, il a ses biais. Alors, son biais, il est plutôt commercial, c'est créer le maximum d'excitation chez vous. Mais ce n'est pas normal que je ne connaisse pas ce biais. Vous n'avez pas envie d'être dans une salle obscure où on vous amènerait des gens face à vous qui vous insultent. Raisonnablement, on ne ferait jamais cette expérience physique. C'est ce qu'on fait à chaque fois qu'on se met sur nos réseaux sociaux. On est fous. Et dans nos démocraties, c'est très grave parce que c'est utiliser, cette vulnérabilité. Donc quand on a des débats démocratiques sur les réseaux sociaux aujourd'hui, ils ont une volumétrie qui est polarisée à cause du mode de fonctionnement de l'algorithme qui vous emmène vers l'excitation maximale et, comme je le disais tout à l'heure, qui tire vers les émotions négatives et donc plutôt aux extrêmes. Mais surtout, il est manipulé par des gens qui créent du volume, et on l'a vu dans tous nos pays, par les ingérences, parce que c'est tellement facile de voir quelles sont les émotions négatives qui marchent dans la société espagnole ou dans la société française, et si je suis contre vos dirigeants aujourd'hui, si je veux affaiblir leur capacité à soutenir l'Ukraine, si je veux, par exemple, faire gagner tel ou tel parti, je vais me mettre sur vos réseaux, je vais pousser des contenus qui vont faire surréagir et je vais même le faire avec des faux comptes parce que je ne sais pas derrière s'il y a un vrai compte ou pas. Ce faux compte, je vais lui multiplier ses abonnés pour qu'il crée de la viralité. Et on a accepté ça. Donc première folie : on a accepté d'y laisser sans défense nos enfants et nos ados. Ça, il faut le corriger tout de suite. Deuxième folie : on laisse des acteurs extérieurs à visage masqué manipuler nos démocraties et on laisse des algorithmes dans la main de quelques-uns manipuler nos goûts et nos choix. On est fous. Ce n'est pas un choix rationnel pour des démocraties structurées comme les nôtres. Donc qu'est-ce qu'on doit faire avec ça ? On a commencé à poser les bases. On avait lancé sous la présidence française en 2022 ce fameux Act, cette directive sur les services numériques. Parfois, vous l'entendez avec le terme de DSA. Il y a toutes les bases, il faut s'en saisir et il faut le faire très vite. Aujourd'hui, on est beaucoup trop lents et honnêtement, on ne le fait pas assez. Donc nous, on pousse la Commission européenne à le faire davantage, mais elle nous permet de faire quoi ? On a les textes. 1) Dire : nous, on veut la transparence de l'algorithme. Vous devez nous expliquer comment vous m'amenez les contenus, qui est favorisé, qui n'est pas favorisé ? Transparence, puis chacun pourra regarder. Vous pourrez regarder. Chacun fera son audit en quelque sorte, et puis on dira les choses. 2) Interdire les faux comptes. On a le droit d'être anonyme, c'est un vrai débat. Moi, je suis plutôt encore pour avec des systèmes de responsabilité quand ça va dans du judiciaire. Je suis radicalement contre le fait qu'il n'y ait pas de personne réelle derrière un compte sur un réseau social. Ça, c'est inacceptable. C'est la deuxième chose. Troisième chose, il faut des pare-feu immédiats pour lutter contre les ingérences. Quand on identifie qu'il y a une puissance étrangère, il faut tout de suite mettre le pare-feu et couper pour ne pas que ça prenne dans le débat démocratique. Derrière, il faut créer des systèmes où, en fait, on oblige ces acteurs, pardon du terme, mais à jouer en architecture ouverte, c'est-à-dire qu'ils ne puissent pas nous capturer avec des algorithmes imposés. Il faut que je puisse choisir mes algorithmes. Ça, c'est sur les réseaux sociaux, c'est reprendre le contrôle. On est au début de la bataille, il faut l'accélérer. On a les textes, c'est vital. Tant qu'on continuera de faire des élections ou de fonctionner en démocratie comme on le fait avec les réseaux sociaux, on pourra déplorer le national-populisme ou les démagogies nouvelles ou les extrêmes, elles continueront d'advenir. Après, il y a l'intelligence artificielle, et ça, c'est une innovation très différente parce qu'elle est beaucoup plus en rupture d'un point de vue technologique et anthropologique. L'intelligence artificielle, là, pour le coup, on essaie de réagir tout de suite. Elle apporte des choses formidables. Vous l'utilisez, j'imagine. Elle permet de faire des recherches beaucoup plus rapides et sophistiquées. Elle est en train de résoudre des problèmes de maths qu'on n'arrivait pas à résoudre. Elle permet d'aller beaucoup plus vite sur de la médecine individualisée, l'énergie. Donc on est déjà en train, grâce à l'intelligence artificielle, qui est en fait une capacité exponentielle à faire calculer la machine et donc à résoudre nos problèmes. Ça, on est en train de faire des choses formidables. Donc oui, il faut en être. Mais à côté de ça, qu'est-ce qu'on ne veut pas ? Deux choses. La première, que ce soit concentré entre quelques mains uniquement. La deuxième, perdre le contrôle, c'est-à-dire que l'intelligence artificielle finisse par être un système où c'est la machine qui donne une instruction à une autre machine, et nous, on finit sur un banc à les regarder faire. Ça, c'est les deux drames. Donc face à ça, qu'est-ce qu'on doit faire, nous, Européens ? 1) On doit être dans la partie. Donc on doit avoir des capacités de calcul et ne pas les laisser toutes entières aux États-Unis. C'est ces fameux data centers parce que si on a des capacités de calcul, on peut avoir des acteurs qu'on entraîne et qui pourront avoir des modèles très performants. 2) Il faut former des talents, les développer, développer des écosystèmes et avoir des vrais modèles européens souverains. On en a dans nos pays. Mistral est un des modèles de ce qu'on appelle les LLM, de modèles de langage large, qui est derrière un peu dans la compétition par rapport aux grands Américains, mais qui est encore dedans. Donc, il faut aller plus vite et plus fort en Européens pour avoir ces modèles de frontière. Et puis, il faut réussir à bâtir l'écosystème pour adopter beaucoup plus vite l'IA filière économique par filière économique pour que ça se diffuse. Mais à côté de ça, il faut bâtir une régulation internationale. Nous, Européens, on a été les premiers à poser ces jalons. Mais ce qu'on veut faire, ce n'est pas faire la même erreur qu'avec les réseaux sociaux et se dire : Dès maintenant, on doit bâtir une régulation qui doit dire quoi ? Les modèles frontières, ça ne peut pas être dans la main que de quelques acteurs et on doit réussir à maîtriser les conséquences, et donc on doit mettre des pare-feu sur ces modèles pour ne pas que ce soit la machine qui puisse dicter à la machine. Plus d'autres évolutions technologiques, mais je vais m'arrêter là. Voilà comment je vois les choses. Animatrice Vous avez dit que les États-Unis et la Chine sont des acteurs hostiles à l'Union européenne. Depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, nous avons vu comment les grandes plateformes numériques ont retiré des systèmes de protection de la citoyenneté, comme YouTube, qui a agi à cet égard. Google ne priorise pas les informations vérifiées. Chez TikTok, nous avons trouvé beaucoup de mineurs de moins de 13 ans et des pédophiles, du trafic de drogue. Et Meta a éliminé le fact-checking indépendant aux États-Unis et maintenant veut le faire en Amérique latine. Tout ceci porte atteinte à l'Europe. Vous avez parlé de la DSA. Donc ma question est : Est-ce que vous pensez que la DSA est appliquée avec toute sa puissance aujourd'hui ? Est-ce que vous croyez que l'Europe a les outils nécessaires pour pouvoir lutter contre les entreprises tierces qui déprotègent nos citoyens contre l'abus, des abus contre les enfants ou les atteintes contre la démocratie ?View official source
