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Macron urges Europe to embrace artificial intelligence while supporting workers

EU Politics & Reform

What was said

Macron urges Europe to embrace artificial intelligence while supporting workers. Macron calls for retraining and greater recognition of care and teaching work.

Alors, sur votre première question, merci beaucoup. Et moi, je pense que c'est une des grandes angoisses dans nos sociétés, ce que vous avez évoqué, c'est-à-dire les métiers qui vont être transformés. Est-ce que j'ai un avenir ? Est-ce qu'on aura encore une place ? Ma réponse est oui, et je pense que ça peut être une formidable opportunité si on s'organise bien. Ce n'est pas un optimisme bête. Je pense que c'est là, et je pense que la pire des choses, ce serait d'en avoir peur et de ne pas le saisir. Premier point. Je dis ça parce que typiquement, quand les robots sont apparus dans l'industrie dans les années 80-90, en France, on a eu ce débat. Et on a plutôt moins que les autres pris les robots, beaucoup moins, par exemple, qu'en Italie ou en Allemagne. On a désindustrialisé beaucoup plus vite. Et donc, on a accru le problème. Si nous, Européens, on ne se saisit pas de l'intelligence artificielle en disant : « oh là là, terrible, ça va enlever nos jobs », donc si on a peur de la technologie, je pense qu'on sera balayés beaucoup plus vite par les puissances qui s'en saisiront. Mon premier message, qui n'est pas un message d'adhésion naïve en aucun cas que ce soit, vous m'entendez depuis tout à l'heure essayer de vous dire, comment prendre les choses et d'être plutôt sur un chemin critique, il faut se saisir des innovations technologiques. Et je pense qu'une des clés, ce sera dans notre rapidité d'ailleurs à ce qu'on appelle adopter l'intelligence artificielle, c'est-à-dire la diffuser dans d'autres secteurs de l'économie. Donc ça, c'est une opportunité, il faut la saisir. Maintenant, bien le faire, ça va consister à savoir anticiper et accompagner ces changements. Comme dans toute transition, c'est un peu un modèle schumpétérien. C'est ce qu'on appelle le mouvement de création destructive. On va créer de nouveaux secteurs et oui, on va en détruire. La clé, c'est d'accompagner les personnes dont les emplois peuvent être remplacés ou changés par l'intelligence artificielle. Et pour ça, c'est un très gros effort de réapprentissage qu'on doit faire. Donc, il ne faut pas du tout laisser nos compatriotes qui vont être bousculés dans ces métiers sans solution. Il faut l'anticiper. Il faut vouloir le faire, il faut dire la vérité, je pense que c'est fondamental, et il faut accompagner ces personnes en les reformant pour pouvoir leur permettre de construire un avenir professionnel dans d'autres secteurs. Pour se préparer à ça, d'abord, moi, je pense que pour votre génération, l'éducation est encore plus importante. Et ne pensez pas du tout que parce que l'IA fait des maths, ce serait intelligent de ne pas faire des maths pour vos générations ou autres. Je pense que la capacité justement à maîtriser soi-même, tous ceux qui auront le plus de maîtrise des sciences, de la philosophie, de la capacité à maîtriser le langage sont celles et ceux qui auront le plus de capacités à maîtriser l'instrument et justement à faire que l'IA sera aussi à notre service. Et donc, je ne pense pas du tout que ça rend caduques les études, au contraire, je pense que ça les rend encore plus importantes et ça nous met encore plus dans des sociétés où on fera des études tout au long de la vie. Donc ça, c'est vraiment pour moi un point clé. Et puis, une autre remarque que je voudrais faire par rapport à ça, c'est que je crois que ça va revaloriser les métiers de contact, les métiers artistiques, les métiers du soin, les métiers de relation directe. Parce que dans une société qui va donner une place plus importante à la technologie, il y a une singularité de l'humanité qui n'est pas substituable. Et donc, oui, on pourra avoir des robots pour faire des tâches très pénibles. Et ça, c'est une avancée sociale. Ça veut dire qu'il n'y aura plus de troubles musculosquelettiques, les gens feront des choses beaucoup moins dures. Mais un robot ne vous donnera jamais le regard, la douceur, la tendresse. Et nous sommes quand même des sociétés, si on regarde notre évolution ces dernières décennies, qui a sous-valorisé les métiers du soin ou de l'accompagnement, qui a sous-valorisé les métiers de la transmission, qui a sous-valorisé des composantes artistiques, la part humaine qu'il y a dans nos métiers. Et je pense que c'est une opportunité aussi pour lui redonner une valeur et la rémunérer mieux parce qu'on a des machines qui feront des choses peut-être plus mécaniques et taylorisables, on aurait dit avant. Donc oui, on est au début d'une grande réorganisation. Moi, je pense qu'on doit avoir un fil directeur qui est que cette réorganisation doit être une réhumanisation de nos sociétés. Et l'intelligence artificielle peut permettre de le faire si on décide qu'elle ne soit pas dans la main de quelques-uns, qu'on n'en perde pas le contrôle et qu'on sache retrouver le cœur des valeurs que nous défendons. Et au fond, quelle est l'aspiration qu'on a dans notre société ? C'est essayer de vivre en harmonie et heureux. Ce n'est pas d'avoir l'IA qui me résoudra tel problème qui ne s'est jamais résolu, parce que c'est formidable pour la connaissance. Ça, ça me fascine, mais la priorité, c'est de vivre plus harmonieusement et heureux et de rebâtir des équilibres. Et donc, voyez-le plutôt comme une opportunité, mais en ayant tous ces défis en tête. On va avoir à s'organiser, anticiper, dire la vérité, former, construire de nouveaux métiers et peut-être revaloriser l'humain dans nos sociétés, assez paradoxalement. Tout ça me rend très optimiste. Pour dire d'un mot sur votre dernière question, je pense que les Européens, vous savez, Milan Kundera avait une très jolie formule. Il dit : « est européen celui qui a la nostalgie de l'Europe. » Alors, dans la bouche de celui qui avait connu le rideau de fer descendant sur l'Europe et la tragédie de l'exil, ça voulait dire beaucoup de choses, mais on est un peu comme ça collectivement, c'est-à-dire qu'on est ce vieux continent qui se sous-estime, qui est toujours nostalgique d'une période d'or, mais on ne se débrouille pas si mal, je vous assure. Regardez, on est sortis du covid. Toutes les revues de sciences, ça a été « gâteau avalé n'a plus de saveur », comme on dit. Mais en sortant du covid, il a été montré par toutes les revues scientifiques que les pays européens sont ceux qui se sont le mieux débrouillés. On est ceux qui ont le plus protégé, le moins perdu en éducatif, le plus tôt donné le vaccin, etc. Derrière, on a réussi à émettre de la dette en commun pour relancer nos économies. L'Espagne en a beaucoup bénéficié. C'est le plan qu'on a bâti dès juillet 2020, en franco-allemand d'abord puis en compromis européen. Qui aurait pensé en 2020 qu'on allait faire une dette commune pour relancer en sortie de covid ? On l'a fait. Il y a la guerre en Europe qui revient. Ça faisait des décennies qu'on disait : « il n'y aura plus la guerre sur notre continent. » Elle est là. En 48 heures, on est du côté de l'Ukraine et on n'a pas bougé depuis 4 ans et demi. On l'aide. Les Européens, c'est 90 % de l'aide apportée aux Ukrainiens. On a sanctionné la Russie en 48 heures et on a continué. Donc, on est du côté du droit international et de notre sécurité. Quand je regarde ça, je me dis qu'on n'est pas si mauvais que beaucoup disent. Alors oui, on est trop lent, trop complexe. Donc, qu'est-ce qu'il faut faire ? Je pense à un choc d'unité, de simplification et de confiance en soi, si vous voulez le fond de ma pensée et d'investissement dans l'avenir. Notre Europe, elle a besoin d'investir dans son avenir, sa jeunesse, son éducation, son innovation, de gérer ses problèmes de modèle social, mais plus on investit dans sa jeunesse et crée de l'innovation, plus on les réglera parce qu'on créera de la richesse. Mais voilà, il ne faut pas qu'elle se rétrécisse sur elle-même. Mais moi, je crois profondément en cela. Et il y a un réveil européen. Et le moment qu'on est en train de vivre, c'est le réveil, je l'évoquais tout à l'heure, qui est le réveil de la puissance. C'est-à-dire notre Europe, elle a d'abord dit : « je vais faire la paix. Ça fait 2 000 ans que je fais des guerres civiles en permanence. » On l'a fait entre Espagne, France, Allemagne, 2000 ans. On n'avait pas 20 ans sans guerre civile. On dit : « à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, on va faire la paix. On met ensemble l'acier et le charbon. On l'utilisait pour faire nos armes. Puis on a fait le marché. » On a tenu cette promesse, on ne s'est plus fait la guerre. Ce n'est jamais arrivé. Deuxième promesse qu'on a faite : le marché unique. On a dit : « on va se mettre ensemble, on va faire un truc génial. Ça sera génial pour le consommateur européen, ça va créer de la richesse. On l'a fait. Et on a été à la hauteur de la promesse. Notre Europe, elle a fait ce marché unique. Elle a fait ce marché où on voyage librement. Et d'ailleurs, j'en veux pour preuve que tous ceux qui arrivent en Europe, dans nos pays, avec un programme en commençant à dire : moi, je vais foutre tout ça en l'air, à l'exception funeste du Brexit, qui a perdu 8 points de PIB depuis le Brexit. Le Brexit, c'est le plus grand mensonge des 30 dernières années. Ceux qui disaient : « on sera plus riches, 8 points de PIB en moins 10 ans plus tard. On va régler le problème de l'immigration, c'est plus compliqué qu'avant et on va cartonner en commerce international », c'est pire. Mais à l'exception de ça, y compris les dirigeants européens qui arrivaient avec des programmes très nationalistes, très anti-européens, ils ont vu que l'Europe, ça donnait quand même cette richesse, ils y sont restés. Après la paix, après la prospérité, notre Europe, elle doit bâtir la puissance dans cette nouvelle géopolitique, la puissance technologique et économique, et donc, savoir se protéger, valoriser son marché unique, être aux avant-postes de ces innovations, La puissance militaire pour protéger ses frontières, et ça aussi, c'est un acquis des 4-5 dernières années. Il y a 5 ans, on n'avait pas le droit de parler de pilier européen de l'OTAN. Maintenant, on parle de défense européenne. Et donc, il faut aller au bout de ce combat. Et donc, si on arrive à faire ça, je pense, oui, que l'Europe a un avenir formidable. En tout cas, moi, je crois que c'est la plus belle aventure depuis des siècles et des siècles, honnêtement. C'est une utopie qu'on a transformée de l'Europe. On avait toujours rêvé l'unité de notre continent et, à travers les siècles, on l'avait toujours fait par l'hégémonie de l'un sur quelques autres, des empires. C'est la première fois qu'on a créé cette utopie égalitaire et respectueuse où des États, ensemble, en se respectant les uns les autres, avancent. Et on l'a fait. C'est un trésor, ne l'oubliez jamais. Vos générations n'ont jamais connu que cette Europe et votre pays a fêté ses 40 ans d'adhésion, ce qui est formidable. Donc vous, vous êtes trop jeunes, vous avez toujours vécu dedans. Mais ne pensez pas que ça a toujours été comme ça. J'adorerais que vos générations soient des générations d'Européennes et d'Européens exigeants, voulant qu'on aille plus loin, plus vite, voulant davantage, mais qui tiennent à cette Europe, qui ne la voient pas comme quelque chose d'acquis, de vieillot, qui aurait toujours existé, qui serait une idée du passé. C'est la plus belle des idées qu'on ait faites ensemble. C'est celle par laquelle, au fond, nous nous sommes relevés de l'effondrement moral de la Deuxième Guerre mondiale. C'est un trésor. Donc transformez-le, amenez-le plus loin, mais ne l'abandonnez jamais. Animatrice Chères autorités, Monsieur le Président, merci d'être venu au Paraninfo de l'université Complutense pour revaloriser l'humanité. Merci. Cet événement est terminé.
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